Le 24 juillet 2016, Xème dimanche après la Pentecôte


Chers amis des regards honnêtes !

Ah l’été ! D’un coup d’un seul, notre corps apparaît gagner du terrain. Plus nos vêtements se font légers, plus notre apparence dévoile ce que nous sommes… Ce que renvoie notre miroir ? Pâle reflet de notre regard sur nous-même ! Nous nous aimons ou nous nous détestons : entre rejet et idolâtrie, notre drame c’est d’oublier trop souvent que notre corps est d’abord le temple de l’Esprit.
Notre société, au terme d’une étrange régression, semble revenue aux schémas de la Grèce antique. Des éphèbes musclés aux proportions parfaites et à la nudité revendiquée s’exposent à tous les coins de rue. Deux mille ans de civilisation ne sont pas venus à bout des modèles prépondérants. Pire encore : les mannequins d’aujourd’hui n’ont plus le regard altier de leurs ancêtres de marbre, mais l’œil vide et la lippe méprisante. Décadence, quand tu nous tiens…
« Sculptez votre silhouette », « bien dans son corps avec 5 kg en moins », les magazines rivalisent de manque d’imagination pour vendre leur salade (sans assaisonnement, ça fait grossir). Qu’y a-t-il derrière ce prétendu culte du corps, sinon une immense peur ? Aimons notre corps pour ce qu’il est : le signe visible du mystère de la personne. Ce corps, nous ne l’habitons pas comme une tortue habite sa carapace. Il est nous-même, il est le témoin de ce que nous sommes, il révèle toute notre personne. La personne s’exprime à travers son corps : par lui, elle se dévoile, aime et se laisse aimer. Etre bien dans sa peau, c’est accueillir ce corps par lequel chacun accepte sa vocation propre.
Le laver, le vêtir, le nourrir, le soigner, occupe beaucoup de notre temps. C’est légitime, puisqu’il fait partie intégrante de notre humanité. Refuser notre corps, le droguer, le maltraiter, refuser de le soigner, c’est refuser notre incarnation. « Qui fait l’ange, fait la bête », disait-on autrefois. Ce n’est pas faux. Faisons de notre corps un allié, pas un ennemi. Et cela commence par ne pas l’idolâtrer…

La finalité de notre corps en effet n’est pas la mort, mais la glorification. Nous ressusciterons avec ! Et pour l’éternité. Ciel ! Pourquoi ? Parce que le corps n’est pas seulement un amas de cellules, mais la totalité de la personne. Un chrétien n’a donc pas honte de son corps qui, nous rappelle saint Paul, est honorable dans tous ses aspects (1 Corinthiens 12, 18-25). « Glorifiez Dieu par votre corps », nous dit encore saint Paul (1 Co 6, 20), car il est le temple de l’Esprit (1 Co 3, 16) : cette unité fondamentale de l’âme et du corps est une constituante importante de notre foi chrétienne.

Gustave Thibon affirmait très justement “Ce n'est pas la lumière qui manque à notre regard, c'est notre regard qui manque de lumière.” Souhaitons-nous de regarder notre prochain avec des yeux qui brillent durant tout l’été.
Avec un regard honnête et lumineux.                                                                                                                                                                                      Votre chapelain